Évolution du trait de côte à Hardelot-Plage

Hardelot Nord

Auteur : Amar ZEMMOUR (Docteur en géomorphologie littorale)

Une évolution différenciée entre le nord et le sud de la station

Hardelot-Plage est située au cœur d’un large massif dunaire typique des dunes dites picardes (c’est-à-dire orientées face aux vents dominants). On peut distinguer deux grands ensembles dunaires dont la morphologie diffère entre le nord et le sud.

Au nord, les dunes d’Ecault d’une hauteur allant de 15 à 20 m forment un vaste champ de dunes paraboliques recouvert par une forêt de conifères. Le haut de plage y est relativement large avec un pied de dune situé au-dessus du niveau des plus hautes mers astronomiques.

Au sud, les dunes du Chevalier Sansot correspondent à des dunes transgressives plaquées sur une paléo-falaise crétacée formant des reliefs élevés comme le Mont Saint Frieux. Le front dunaire, d’une hauteur ne dépassant pas 10 m, est caractérisé par une falaise d’érosion bordant une plaine humide riche en sources d’eau douce. La résurgence de cette dernière au niveau de l’estran limite fortement les envols de sable vers la dune (Chaaban et al., 2012).

Une tendance au recul sur la totalité du linéaire côtier

Plusieurs études ont été consacrées à l’analyse de l’évolution du trait de côte au niveau des massifs dunaires d’Hardelot (Chaverot, 2006 ; Crapoulet, 2015 ; Zemmour, 2019). A partir de photographies aériennes verticales anciennes et récentes, il a en effet été possible de retracer les mouvements du trait de côte depuis la seconde moitié du 20éme siècle jusqu’à nos jours. Les récents travaux de Zemmour (2019), montrent une tendance au recul sur la totalité du linéaire côtier durant la période 1947-2015 avec une légère différence entre le nord et le sud (Fig. 1).

Figure 1 – Evolution du trait de côte entre 1947 et 2015 (Zemmour, 2019).

Recul moyen au nord, plus important au sud

Les dunes de l’Escault montrent un recul moyen homogène le long de son linéaire de l’ordre de -0,17 m/an à l’exception de l’embouchure de La Becque où il a pu atteindre -0,7 m/an. Les dunes du Chevalier Sansot ont quant à elles connu un recul un peu plus rapide dans l’ensemble, avoisinant -0,3 m/an en moyenne sur la même période, mais spatialement plus hétérogène. On constate en effet une érosion plus forte au droit des blockhaus (-0,7 m/an).

Une évolution non linéaire dans le temps

Ceci-dit, il est important de souligner que cette évolution n’est pas linéaire dans le temps mais qu’elle peut être marquée par des périodes d’érosion plus ou moins importantes, mais aussi des périodes durant lesquelles le trait de côte a pu avancer vers la mer. Selon Crapoulet (2015), le trait de côte a reculé à un rythme de l’ordre de -0,7 m/an et -1,3 m/an respectivement au nord et au sud d’Hardelot-Plage jusqu’au début des années 1980. Cette dynamique s’est poursuivi à un rythme plus faible (-0,3 m/an) jusqu’en 2000 avant que la tendance ne s’inverse entre 2000 et 2005 avec une avancée du trait de côte de près de +1 m/an au nord et +0,6 m/an au sud. Ensuite, le trait de côte a connu une relative stabilité jusqu’en 2015 avant que l’érosion ne sévisse de nouveau en raison des séries de tempêtes de ces dernières années qui ont causées un recul pouvant dépasser 10 m par endroits. La figure 2 ci-dessous illustre parfaitement ce recul entre 2015 et 2021 constaté notamment au sud immédiat de la digue en enrochement d’Hardelot-Plage.

Figure 2 – Illustration du recul du trait de côte entre 2015 et 2021 au sud d’Hardelot-Plage

Une différence de résilience entre le nord et le sud

Malgré une orientation au vent et des conditions hydrodynamiques (houles et transit sédimentaires notamment) identiques, on note une différence d’évolution du trait de côte à long terme entre les dunes au nord et au sud d’Hardelot-Plage qui peut être expliquée par une différence de résilience entre ces deux secteurs (Battiau-Queney, 2006). Cette résilience se traduit par la capacité des dunes littorales à se reconstituer ou non après un événement morphogène (l’érosion provoquée par une tempête par exemple). Au sud, le long des dunes du Chevalier Sansot, l’estran est saturé d’humidité à cause de l’émergence de la nappe aquifère. L’action du vent pour le transport du sable du haut de plage vers le cordon dunaire y est ainsi quasiment inhibée (Chaaban et al., 2012). Le front dunaire n’évolue alors qu’en réponse à l’impact des vagues qui provoque un recul systématique lors des tempêtes. A l’inverse, les dunes de l’Escaut au nord présentent un haut de plage beaucoup moins saturé en eau, ce qui permet une réalimentation de la dune par du sable éolien entre les événements de tempête. Ce processus, lent mais constant, est essentiel pour la reconstitution du cordon dunaire après les périodes d’érosion.

Quid de l’évolution future dans le contexte du changement climatique ?

L’analyse de l’évolution du trait de côte au niveau des secteurs dunaires d’Hardelot-Plage permet de mieux comprendre le concept de résilience des systèmes côtiers. Elle montre en effet que les échanges sédimentaires s’effectuant naturellement entre l’estran et la dune favorise une plus grande stabilité du trait de côte face aux événements tempétueux. A contrario, le littoral est moins résilient et peut donc être plus vulnérable aux aléas côtiers lorsque ces processus d’échanges sont perturbés et/ou interrompus, ce qui est le cas avec les aménagements anthropiques (construction de digues, destruction des cordons dunaires, …etc.). Ce concept est d’autant plus important à prendre en compte dans le contexte actuel du changement climatique, notamment avec l’augmentation prévue du rythme d’élévation du niveau de la mer pendant les prochaines décennies. En effet, malgré les nombreuses incertitudes concernant l’ampleur du dérèglement climatique et de ses impacts dans le futur, les événements tempétueux risquent néanmoins de coïncider avec des niveaux d’eau de plus en plus élevés. Il est donc probable que l’érosion du littoral s’accentue là où le trait de côte recule déjà et où la résilience est moins forte.

Hardelot Sud

 

Sources :

Battiau-Queney, Y. (2006). La résilience des plages : un paramètre à prendre en compte dans leur gestion. Colloque en hommage à Roland Paskoff, Tunis.

Chaaban, F., Darwishe, H., Louche B., Battiau-Queney, Y., Masson, E., El Khattabi, J., Carlier, E. (2012). Geographical information system approach for environmental management in coastal area (Hardelot-Plage, France). Environ. Earth Sci., 65, 183-193.

Chaverot, S. (2006). Impacts des variations récentes des conditions météo-marines sur les littoraux meubles du Nord-Pas-de-Calais. Université du Littoral Côte d’Opale, Dunkerque, 266 pp.

Crapoulet (2015). Évolution du trait de côte, bilans sédimentaires et évaluation des zones à risques sur le littoral du Nord-Pas-de-Calais : analyse multi-échelles par LiDAR aéroporté. Thèse de doctorat. Université du Littoral Côte d’Opale, Wimereux, 345 pp.

A.Zemmour (2019). Etude de l’évolution des littoraux dunaires de la Côte d’Opale à différentes échelles de temps : analyse de leur capacité de régénération post-tempête. Thèse de doctorat. Université du Littoral Côte d’Opale, Wimereux, 228 pp.

L’artificialisation des sols : Parlons-en !

 

L’artificialisation a des conséquences lourdes et quasi-irréversibles

L’artificialisation consiste à transformer un sol naturel, agricole ou forestier, pour l’affecter à l’édification de bâtiments, de routes, d’équipements publics, etc.
« En France, entre 20 000 et 30 000 hectares sont artificialisés chaque année. Cette artificialisation augmente presque 4 fois plus vite que la population, et a des répercussions directes sur la qualité de vie des citoyens mais aussi sur l’environnement. » (https://www.ecologie.gouv.fr)
L’artificialisation des sols n’est pas sans conséquences.

Perte de biodiversité et de tissu vivant

L’effet immédiat est la perte de tout ce qui vivait sur le sol et dans le sol, puisque le sol est défriché, creusé, dénaturé. Il est ensuite imperméabilisé par la construction, ce qui fait disparaître l’habitat d’espèces végétales et animales, qui sont contraintes de se déplacer, se concentrer ailleurs, voire à quitter le territoire. C’est une partie du tissu vivant de la planète qui disparaît.

Amplification du risque d’inondation


Bien évidemment, un sol imperméabilisé n’absorbe plus l’eau de pluie et favorise le ruissellement. L’artificialisation des sols entraîne donc une perte de surface d’absorption des eaux de pluie. En cas de fortes pluies, comme celles que nous avons connues au début des années 2000, les parties les plus basses de la station sont inondées, y compris les habitations qui y sont implantées. Comme le niveau de la nappe phréatique est appelé à s’élever, c’est le risque d’inondation qui va s’amplifier. Consultez donc vos actes notariés, et vous constaterez que ce risque est historiquement présent dans une bonne partie de la station. Ce risque, avec la montée des eaux va s’accroître et s’étendre à d’autres parties, plus élevées du territoire.


Contribution au réchauffement climatique


L’un des rôles du sol, et des végétaux qui le peuplent (en particulier les arbres),  est d’absorber et séquestrer le CO2 (dioxyde de carbone). En artificialisant le sol, ce sont donc des surfaces d’absorption et de séquestration du CO2 qui disparaissent.  Or, il y a un besoin important et urgent de réduire le CO2 produit sur la planète, afin de réduire le réchauffement climatique. Qui plus est, la croissance des végétaux, tout en absorbant le CO2, produit de l’oxygène, que nous respirons pour vivre.


Effet direct sur l’attractivité de la station

Le sol vivant structure nos paysages, par les arbres et autres végétaux qu’il produit. L’artificialisation déstructure, dégrade, voire mutile nos paysages, si un certain équilibre entre sol vivant et sol artificialisé n’est pas respecté. Alors que dans les villes, un effort est fait pour végétaliser les sols pour des raisons sanitaires et esthétiques, dans notre station, il n’y a aucune politique pour sauvegarder cet équilibre. Des milliers d’arbres ont été abattus récemment sur les terrains de golf, des centaines le sont pour des constructions qui seront occupées quelques jours par an !

Ce qui fait encore le charme de la station, attire touristes et nouveaux candidats à la résidence, est un certain équilibre entre environnement artificialisé et environnement naturel, un niveau acceptable de taille et de hauteur du bâti. Par la multiplication des constructions de plus en plus vastes, de plus en plus hautes, par la substitution d’immeubles collectifs (même si elles sont appelées « villas ») aux anciennes villas, ces équilibres tendent à être rompus. Sans une politique sérieuse de régulation, c’est le niveau d’attractivité de la station qui risque d’être dégradé !

Finie la concertation !

Sous prétexte de « lourdeur administrative », alors que le gouvernement met en avant le débat national, et la démocratie participative, le principe de l’enquête publique qui présidait pour tous les projets touchant l’environnement a été supprimé pour 3 ans, à titre expérimental … en Bretagne et dans les Hauts de France ! Voir l’article du Canard Enchaîné ci-dessous.

https://hardelot-opale-environnement.fr/wp-content/uploads/2019/03/Affichage-PC-décret-2018-copie.pdf