Les Garennes, un lotissement illégal !

Par son jugement du 21 janvier 2019, le Tribunal Administratif de Lille annulle partiellement le Plan Local d’Urbanisme Intercommunal : les constructions au sein et à proximité du Golf des Dunes sont illégales. Le motif d’illégalité : il s’agit d’une urbanisation diffuse, éloignée de l’agglomération, réalisée en contradiction avec la Loi Littoral.

1. Situation géographique : proximité du Golf des Dunes et au sein d’une ZNIEFF

Tout d’abord, situons le lieu dit « Les Garennes ».

Les Garennes est le nom donné à un lotissement. La création du lotissement « Les Garennes » a été prévue par « défrichement ». En réalité, il s’agit de déboisement, car ce n’était pas une friche, mais plutôt un espace remarquable. En effet, c’est un espace forestier situé dans une Zone d’Intérêt Ecologique Faunistique et Floristique : la ZNIEFF de Dannes et du Mont Saint Frieux. C’est une zone nationalement classée et protégée en raison de sa richesse écologique, de sa biodiversité faunistique et floristique. Pour être exact, l’étude scientifique de cette partie de ZNIEFF a été réalisée entre 2000 et 2006, avec arrêté préfectoral d’extension de la ZNIEFF de Dannes et du Mont Saint Frieux en 2007 et reconnaissance officielle en 2010. Cependant, mairie comme services de l’Etat ne pouvaient ignorer les résultats de cette étude au moment de la délivrance des premiers permis de construire.

Cette zone est en bordure de l’allée des Rouges Gorges et de l’allée des Tourterelles.

2. Histoire du lotissement : une valse d’autorisations et de contestations que le tribunal administratif arrête par une annulation de la constructibilité pour illégalité

Un permis de lotir sur plus de 5 ha de forêt

L’histoire de ce lotissement commence par la vente d’une parcelle d’un peu plus de 5 ha par l’indivision S.  L’acquéreur (Société ATL ) présente un permis de lotir délivré le 8 février 2008 par le maire de Neufchâtel-Hardelot. Il obtient un permis de défricher de la Préfecture pour 24 parcelles. Débute alors la vente des terrains et le dépôt des permis de construire.

Premiers permis de construire : des oppositions préfectorales

Le premier dépôt a eu lieu le 9 décembre 2009 (Permis Deb). A cette époque, l’association existait déjà (depuis 2005), mais nous n’avions pas le réseau nécessaire pour être informé, ni les ressources humaines suffisantes pour nous livrer à une veille permanente sur les permis de construire déposés. Il faut savoir également que, si un permis n’était pas contesté dans les 2 mois qui suivent l’affichage sur le terrain, tout recours était inutile. Ce n’est qu’au 4ème permis déposé que nous avons été alertés par une autre association, et que nous avons adressé un recours gracieux au maire, avec copie au pétitionnaire, puis un recours contentieux au Tribunal Administratif de Lille. La motivation n’était évidemment pas de faire obstacle à la construction par les particuliers qui ont acheté ces terrains, mais bien de faire cesser le déboisement sur cette zone classée et protégée.

 Un deuxième permis a été déposé le 29.03.2010 (Permis Tho), et accordé, puis un 3ème (Permis V) le 20.04.2011.

Le 4ème permis (Permis Gva) déposé le 20.04.2011 et accepté par le maire, a été annulé une première fois par le pétitionnaire afin de changer le projet de construction. Il y a donc eu un nouveau permis déposé en septembre 2011 et accepté par le maire de l’époque, malgré l’avis défavorable des services de l’Etat. Pour cette raison, le Préfet a attaqué ce permis en justice, pour violation de la loi « Littoral ». En réaction, le pétitionnaire a déposé un nouveau permis en septembre 2012, au nom de son épouse (Permis Kra), de nouveau accepté par le maire. Consultés, les services de l’Etat émettent de nouveau un avis défavorable, mais hors-délai ! C’est donc, via un certificat de permis de construire tacite, que le permis est accordé par le maire. C’est ce permis que l’association a d’abord attaqué.

 Un 5ème permis est déposé le 12 décembre 2011 (Permis Del), de nouveau contesté par le Préfet pour violation de la loi Littoral. Un nouveau permis est déposé le 17 octobre 2012. De nouveau, ce permis reçoit un avis défavorable des services de l’Etat, pour les mêmes motifs. Le maire passe outre et accorde le permis. Un changement de Préfet a eu lieu au cours de l’année 2012. Pas de réaction de ce préfet !

Une issue juridique favorable à la protection de l’environnement

Entre temps, le permis Gri est déposé et accepté par le maire, via un certificat de permis tacite, en l’absence de nouvelles des services de l’Etat !

Nous comptions sur les services de l’Etat et le Préfet pour protéger cette zone, mais ce fût un tort. Nous avons donc décidé d’attaquer tout nouveau permis déposé. Nous n’avons pas eu connaissance du nouveau permis déposé par Del. Ce dernier est passé entre les mailles de nos filets, au prix d’une déforestation et d’affouillements importants, sur la partie de la zone que nous voulions protéger.

Convaincus que la négociation est possible, nous avons rencontré l’adjoint à l’urbanisme (DF) pour lui proposer de laisser Mme Kra et,donc, M. Gva, de construire leur maison et bloquer la suite du programme, en attendant de se mettre autour d’une table, où seraient invitées les différentes parties prenantes. Proposition refusée.

Depuis, M Gva s’est de nouveau prévalu du permis initialement déposé en avril 2011 et nous l’avons contesté auprès du TA de Lille. Par un jugement de septembre 2017, le tribunal administratif de Lille nous a donné raison sur le fond. La partie adverse a fait appel de ce jugement et nous en avons maintenant les conclusions. La Cour Administrative d’Appel de Douai n’a pas cru bon de juger sur le fond, ce qui nous aurait permis d’avoir gain de cause, vu l’annulation partielle du PLUI par le Tribunal Administratif. Elle nous a débouté sur un motif de recevabilité de notre recours en raison de sa tardivité.

 Le permis Ra a été déposé (17 octobre 2013), accepté par le maire, malgré l’avis défavorable des services de l’Etat, et attaqué par nos soins. Le jugement, récent, du TA de Lille nous a été défavorable pour un problème de forme et non de fond ! Là, encore, les juges s’évitent de juger sur le fond !

 Entretemps, la société ATL a revendu les terrains et le nouveau promoteur a déposé deux permis de construire au nom de la SARL Résidence La Pinède en 2016. Ces deux permis ont fait l’objet de recours de notre part. L’instruction est en cours.

Par un jugement du TA de Lille en date du 21 janvier 2019, le classement de la zone en zone constructible par le PLUI est déclaré illégal et annulé.

Les promoteurs et les élus pourront-ils s’affranchir de ce jugement d’illégalité ? Ils y travaillent !!!